Management

Surendettement à La Réunion : 3 décisions clés pour les TPE/PME

La progression des situations financières fragiles à La Réunion impose un pilotage serré. Pour un dirigeant de TPE/PME, l’enjeu est de sécuriser les prochaines semaines avec des décisions concrètes, sans lecture alarmiste.

La méthode est simple : distinguer ce que les données établissent de ce que vous devez trancher en interne. Les chiffres donnent une direction. Le pilotage, lui, se construit dans l’entreprise.

La Réunion : un signal social clair, dans un contexte économique contrasté

Premier repère : 2 044 dossiers de surendettement ont été déposés à La Réunion en 2025, contre 1 706 en 2024, soit +20 %, après déjà +28 % en 2024. À l’échelle mensuelle, la dynamique reste forte : 158 dépôts sur le mois de référence de la lettre IEDOM, soit +39,8 % par rapport à décembre 2024.

Ces données concernent d’abord les ménages. Elles ne permettent donc pas d’en déduire automatiquement une cause unique côté entreprises. En revanche, elles justifient un pilotage plus serré des encaissements et de la trésorerie.

Le contexte macro local appelle une lecture nuancée. Les heures rémunérées reculent de 0,5 % sur un an (novembre 2025), et le taux de chômage reste élevé à 16,7 % au 3e trimestre 2025 (CVS). Dans le même temps, les défaillances d’entreprises s’établissent à 1 060 sur douze mois (décembre 2024 à novembre 2025), en baisse de 5,1 % sur la période précédente. En clair : contexte hétérogène, sans scénario unique. La posture utile pour un dirigeant reste pragmatique : on ne prédit pas, on se prépare.

Ce que cela change cette semaine pour un dirigeant

La bonne question n’est pas « pourquoi exactement ces chiffres montent ? », mais « quels signaux internes dois-je suivre pour ne pas subir dans deux mois ? ».

Sur le terrain, trois alertes reviennent vite :

  • des retards clients qui s’allongent ;
  • un niveau d’échu qui monte plus vite que prévu ;
  • une trésorerie à 30 jours trop sensible au moindre imprévu.

Ce ne sont pas des vérités universelles. Ce sont des hypothèses de gestion à tester selon vos cycles de vente, vos marges et votre saisonnalité.

Plan de pilotage à 30 jours : concret et actionnable

1) Sécuriser les encaissements clients

Segmentez votre portefeuille en trois groupes : clients historiquement fiables, clients à risque, nouveaux clients. L’objectif n’est pas de freiner le business, mais d’ajuster les conditions de paiement au risque réel.

Installez ensuite une routine de relance claire (par exemple J+3, J+10, J+20), avec un responsable désigné. Sans ownership, les relances deviennent aléatoires et la tension de cash s’installe sans bruit.

2) Mettre la trésorerie en scénarios (base, dégradé, tension)

Un prévisionnel « moyen » unique ne suffit pas. Construisez une vision cash à 13 semaines avec trois scénarios :

  • base : activité conforme à vos prévisions ;
  • dégradé : encaissements plus lents et dépenses partiellement rigides ;
  • tension : cumul de retards et besoin de liquidité court terme.

Fixez ensuite des seuils d’alerte internes. Exemples utiles : hausse du DSO au-delà de votre tolérance, dépassement d’un plafond d’échu, baisse de couverture des charges fixes. L’essentiel n’est pas d’avoir « le » bon seuil théorique, mais des seuils partagés et reliés à des décisions immédiates.

3) Définir à l’avance le moment d’escalade

Beaucoup de situations se dégradent parce que l’escalade est tardive. Votre règle peut rester simple : dès que la tension dépasse votre capacité d’ajustement interne, vous activez un appui externe.

À La Réunion, les portes d’entrée existent et sont utilisées :

  • correspondant TPE-PME IEDOM : 150 demandes en 2025 (141 en 2024) ;
  • médiation du crédit à La Réunion : 28 saisines en 2025 (8 en 2024).

Ces chiffres ne garantissent pas un résultat dossier par dossier. Ils montrent toutefois que les dirigeants mobilisent davantage ces dispositifs. Au niveau national, la médiation du crédit affiche un taux de succès annuel de 64 % en 2025, avec 83 % des demandes provenant de TPE.

Grille de priorisation dirigeant (à adapter à votre entreprise)

Signal suiviSeuil d’alerte interne (hypothèse)Décision immédiatePoint d’escalade
Retards clientsAllongement net des délais sur plusieurs dossiersRenforcer relances, adapter conditions de paiement sur nouveaux devisExpert-comptable puis banque
Niveau d’échu clientDépassement du plafond interne d’échuPrioriser recouvrement et geler certaines dépenses non critiquesCorrespondant TPE-PME IEDOM
Trésorerie à 30 joursCouverture insuffisante des charges fixesReplanifier sorties de cash, arbitrer investissementsBanque puis médiation du crédit
Refus/retards de financementBlocage sur plusieurs demandesRevoir dossier de financement et scénario dégradéMédiation du crédit

L’objectif n’est pas de complexifier la gestion. L’objectif est de décider plus tôt, avec des règles claires.


Conclusion

Le signal 2025-2026 à La Réunion est suffisamment net pour renforcer la discipline de pilotage, sans tomber dans la réaction panique. Cette semaine, faites trois choses : clarifier votre routine d’encaissement, poser vos seuils de trésorerie, fixer votre règle d’escalade.

Un rituel hebdomadaire de 30 minutes avec votre expert-comptable ou votre conseil financier suffit souvent à garder la main avant l’impasse.

Sources